Chapitre II ;
Les lettres s'affichent comme au grand écran d'un cinéma.
« Le 5 septembre 2004. »
C'est le début. La première scène du cours métrage va commencer. Cela se passe dans une école. Une école privée. C'est beau, et ancien. C'est très snob et l'on voit que ce n'est pas non plus une école pauvre. Les gens y ressemblent tous. Dans leur vêtement propre et bien repassé. Leur sourire extrême blancheur et leur cheveux bien placé. Si ce film n'était pas ma vie. J'en rirai. La fille qui parle c'est moi. On l'entend raconter, un peu comme si elle se parlait à elle-même. Les élèves sont rassemblés dans le grand réfectoire où le directeur s'apprête à faire son discours de « bienvenu ». Il observe déjà ses élèves, les notes dans sa tête. Un vrai petit matheux le directeur. Il « tic » sur certain élève. Oui, si ce n'était pas ma vie. Je rirais volontiers. Voilà. Les élèves sont à présent tous assis. Le directeur attend le silence qui ne tarde pas. Il prend la parole. Chuuuuut ! Le film commence !
« - Tout d'abord bienvenue chez nous, jeunes nouveaux élèves. Je vais aller directement au principal. Le temps nous est compté et comme nous, je le pense, vous êtes impatients de débuter cette nouvelle année scolaire qui s'annonce prodigieuse. Cette école est réputée pour être stricte et sévère. Autant vous dire, jeunes gens, que nous ne sommes pas là pour rigoler et que nous tenons à garder cette réputation. Nous avons un modèle à respecter. Pas un modèle de perfection car nul n'est apte à le devenir, mais l'on doit chercher à arriver le plus proche possible de cette perfection. Soit. Pour vous éclaircir l'esprit je vais vous proposer un exemple et un contre-exemple parmis vous. Vous là ! Oui, oui ! Vous, le jeune garçon aux allures de tolar ! Voilà ! Approchez ! Vous serez donc le contre-exemple. Observez donc, jeunes gens, l'attitude que nous excluons de cette école. Maintenant, un exemple. Mh... Difficile. Vous là. Demoiselle. Oui. La jolie asiatique. Oui, vous, mademoiselle, ne soyez pas si étonnée voyons.
Moi, être étonnée ? Tant dire. Non c'est plutôt être courroucée. JE NE VEUX PAS ÊTRE L'EXEMPLE ! Je me lève, donc, en tant que modèle à respecter. Hum. Les surprises vont venir. Il n'a pas pu se douter que si j'étais habillée de la sorte c'était parce que ma mère m'avait obligée à porter ceci et que je n'ai pas encore eu le temps de me changer. Je me place de l'autre côté du directeur, à l'opposé du contre-exemple.
- Sérieusement ! Vous voulez que l'on devienne comme elle ? Un clown aux airs de sainte nitouche sortie droit d'un couvant ?!!
- Cessez cette impertinence, sale petit garnement !
Je me retourne vers le contre-exemple qui venait de prendre la parole, le même d'ailleurs qui me fixe, me portant un regard mi-amusé mi-exaspéré. Je me tourne donc vers lui. Et d'un geste fluide, presque naturel, mon doigt se lève lui présentant un parfait « Fuck » tandis que mon autre main s'occupe d'attraper mon entre-jambe de façon machiste tout en prenant un air provoquant contrastant avec ma tenue de gentille fille. Le contre-exemple, plutôt surpris me regarde ahuri par ma réponse à ses moqueries. Je me tourne vers le publique le laissant dans son état de béatitude. Je les observe les uns après l'autre. Des groupes se sont déjà formé, « les snobs » se tenant raide comme un « i » ; « les stressés » transpirant à grosses gouttes et mal à l'aise ; « les riches » arborant fièrement leurs beaux vêtements et bijoux ; « les matheux » remontant régulièrement leur grosses lunettes à culs de bouteilles et lissant leur cheveux gras en arrière ; etc. Le directeur lui continu, sans que j'y prenne garde, son discours de « bienvenue », mon cul aussi...
- Ici, n'est pas une école ordinaire, c'est une école privée je le rappelle. Si vous êtes ici, c'est que vos parents l'ont décidé. Nous n'acceptons pas n'importe quel élève. Soyez fière et heureux de faire partie de cette école. Vos parents ont de l'argent, mais pas le temps de vous éduquer et de vous inculquer certaine valeurs et devoirs dont vous ignorez. Nous, on vous l'instruira.
- Autrement dit, ils vous ont filé le sal boulot et se sont débarrassé de la merde qui collait à leur semelles... Mais c'est vrai, dit à votre manière cela le fait mieux. Veuillez continuer je vous prie.
Une fois de plus, je n'ai pu vraiment m'en empêcher, même si je n'ai pas essayé de m'en empêcher. J'ai toujours aimé rendre fous les profs, autant bien commencer le premier jour de cours... Et puis, j'aime avoir le dernier mot. Tout le monde m'observe surprit et dérouté. Moi sage ? Je n'ai peut-être jamais démenti mais pas pour autant avoué vrai. Ha que c'est drôle. Leur tête. J'en ris. J'en suis le cul par terre. Le directeur, au visage déformé par un rictus de colère, s'apprête à répliquer lorsque la sonnerie le coupe. Je n'attends pas à me faire rabrouer. Je me dépêche de ramasser mon fourre-tout, non pas que j'ai peur de ce qu'il pourrait me dire mais plutôt parce que j'ai autre chose de mieux à faire. Je suis avec le contre-exemple - qui d'ailleurs a adopter le surnom – la première à l'extérieur tandis que les autres prennent leur temps et écoutent les dernières remarques du directeur.
Dix minutes de pose. Un intercours. Il est supposé être utilisé pour trouver notre classe et faire la présentation avec notre professeur principal mais au lieu de ça, je fonce sur les toilettes des filles. J'ai bien conscience que le contre-exemple me suivait par curiosité, une cigarette déjà au bec. Dix minutes pour me changer, me coiffer ou plutôt me décoiffer, me maquiller et fumer une clope. Ça va, je suis dans les temps.
J'arrive donc dans les toilettes, m'enferme empêchant quiconque voudrait entrer de le faire. Je me regarde dans la glace et ne peux m'empêcher de me faire des grimaces. J'en ris toute seule. Je suis HORRIBLE. Le reflet que me renvoit le miroir n'est pas moi. Et cela me gêne. Dire que j'ai été prise pour exemple ! Je me vêtis d'un jeans noir moulant et déchiré d'un peu de partout ainsi qu'aux fesses, et d'un top rouge vif trop large n'ayant pas vraiment de forme. Le « col » étant trop large découvre l'une de mes épaules donnant au tout un air un peu sexy. Je me coiffe à la lionne, secouant mes cheveux. Et découvrant les mèches rouges que ma mère avait soigneusement cachées de mes cheveux noirs. Ma frange retombait sur mon front d'un air plutôt défait. Je releva mes cheveux et les attacha dans un genre de chignon mal foutu, un tas de mèches sortant de ci et de là. Ensuite, je me farda les yeux de noir et les crayonna de la même couleur, pour rajouter une ligne d'eye-liner rouge vif partant à la façon déesse égyptienne sur les côtés de mes yeux. Pour finalement ajouter au tout ma paire de Dr Martens rouges. Je m'observai à présent dans le miroir, je me sentais mieux ainsi, je me sentais moi. Voilà tout.
Je sorti finalement des toilettes, tenant en boule mes vêtements de coincés du cul entre les bras et me dirigeant vers la poubelle qui serait leur futur maman. J'y croisa le contre-exemple qui était posé contre le mur d'un air nonchalant, une cigarette au bec.
- Il me semblait bien que le look Sainte Nitouche ne collait pas... Nan, il ne t'allait même pas d'ailleurs.
Je redresse la tête et le regarde d'un air amusé et plutôt que de me diriger vers la poubelle j'avançai vers lui. Je lui pris sa cigarette de la bouche et commença à la fumer. Puis finalement, je prends les vêtements et les lui lance tout en ajoutant « Peut-être t'iront-elles mieux à toi qu'à moi... » Je parti le sourire aux lèvres, tirant toujours sur sa clope. Je m'adosse plus loin à un mur, prenant une seconde sèche. La sonnerie annonçant la fin de la pause retentit. Tant pis. Je hausse les épaules et termine de fumer avant de partir en direction de ma classe.
***
**
- Premier cours et en retard ! Avez-vous une explication ou dix points en moins serait un bon accueil ?
Je souris intérieurement m'apprêtant à répliquer comme j'en ai le secret. Jouer des prof était la chose la plus facile que je connaissais. Je fis une mine déconfite par la douleur, j'étais aux limites des larmes pour tout dire.
- Je suis vraiment désolé Mr. Je ne voulais pas arriver en retard. Mais. J'ai mes règles. Pourrais-je aller à l'infirmerie ? A moins que vous préféreriez que je reste pour le cours ?
Il rougit. J'ai une nouvelle fois taper dans le mille. Comment désarçonné un prof n'ayant aucun bon c½ur et ne pensant qu'à ses cours ? Comment perturber un vieux croulant qui plus chiant tu meurs ? L'anatomie féminine. Ça marche à tous les coups !
- Heu. Bi. Bien... Bien sûr. Évi... Évidemment.
Je me tourne. Prête à partir lorsque...
- Mr. Il vaudrait peut-être mieux que je l'accompagne, ne sait-on jamais qu'elle aille tellement mal qu'elle tombe en syncope ou autre.
Je reconnu cette voix directement. Le contre-exemple était donc dans ma classe. Je souris d'avantage. Mais je restais blême et livide aux yeux du prof. Je sortis, accompagnée du mec le plus lourd et égocentrique que je n'ai vu jusqu'ici dans ce lycée.
- Fumeuse, grande-gueule, têtue, manipulatrice, menteuse et aussi sécheuse ! Pas un très bon portrait dit donc...
- Et toi, contre-exemple, chiant, collant, égocentrique, lourd, fumeur, sécheur et maintenant profiteur ! Ce n'est guère mieux !
Je le toisai du regard avant de m'éloigner. Il avait juste pour tout, sauf... Il avait oublié quelque chose ? Il avait oublié...
- A oui, et aussi. J'ai oublié. Aime avoir le dernier mot. Et puis, toi aussi t'es une chieuse bon exemple !
Je ne me retourne pas, ne réplique pas. Je souris amusée. Je pense que cette année va être particulièrement intéressante. Du genre amusante même. Je pense que cela ne va pas s'arrêter à de simples paroles échangées dans un couloir, et ça promet d'être captivant. »
Le premier volet se termine, l'entracte commence. Le premier souvenir est passé, le premier jour, la rencontre, le début de tout. Mon premier souvenir, mon premier sourire et mon premier regard partagé avec Lui... L'école de mon côté est terminée déjà depuis près de dix minutes. J'avance, mon fameux fourre-tout sur l'épaule. J'avance vers mon arrêt de bus. Les garçons de ma classe me hèlent, comme chaque jour. Leurs mains vagabondent sur mon corps, je ne peux les repousser ? C'est devenu impossible. Alors qu'avant. Avant... J'avance. Ils rient aux éclats et se foutent de moi. M'insultent de pute et d'autres mots abjectes du même genre. Avant il n'aurait jamais laissé faire çà. Avant... Je monte dans mon bus, me cale dans un coin et me fait oublier. Comme chaque jour, comme chaque seconde,... Je me fais oublier, et je m'oublie par la même occasion. Peut-être finirais-je par disparaître... Qui sait.
NOTE MOI ICI, je suis la fic numéro 245 [/a