Chapitre III ;
Tous ces souvenirs me font mal. Tout se bonheur me blesse. Tout ça, me manque. Je pense. Je pense que j'ai fini pas l'aimer et appris à le détester. C'était mon meilleur ennemi, mon meilleur ami. Trop de souvenirs remontent à la surface lorsque je rentre chez moi. J'ai besoin d'une dose, d'un joint, d'une bouteille de vodka, de médicaments, d'une défonce... De tout ce que vous voulez. Les souvenirs remontent. Trop vite. Je dois encore les contenir. Lorsque je rentre dans mon immense maison de bourge, je ne suis pas étonnée d'y trouver Maria. La fille de la gouvernante. Ma mère n'est jamais là, et la sienne travaille de son côté et nous laisse tranquille. Comme d'habitude on monte dans ma chambre. Les murs sont fait de rouge et de noir. Décoré dans un style japonais, contrairement à ma mère, je tiens à mes origines. Elle qui est pure Française ne veut plus entendre parler de tout ce qui lui rappelle le Japon, dont moi. Mon père l'ayant abandonné à ma naissance, la rancune qu'elle y garde me retombe constamment dessus. Depuis, elle refuse même d'avoir une véritable histoire d'amour, passant d'un homme à un autre. Tenant les plans sexes comme chose satisfaisante, brisant couple après couple. Une vraie pouffiasse autrement dit. Elle ne faisait que ça, au point que je ne la voie plus chez moi. Trop occupée à faire la pute chez un autre riche.
On ferme la porte derrière nous, et comme toujours, elle se pose sur mon lit pour regarder la TV. Ce n'est pas vraiment une amie. Elle est sympathique. Soit. Un peu trop niaise pour moi. Ce qui est bien par contre, elle partage ma passion. Le joint. Tandis que je commence à rouler le joint, elle met l'un de mes cd en marche. Pour une punk de mon genre, je n'ai pas vraiment mes goûts musicaux appropriés au reste. Ska-p nous fait vibrer. Le joint s'allume. On se le fait tourner. Au bout du troisième, je commence à planer. Et les larmes que je gardais pour moi depuis déjà quelques heures ressortent. Enfin. Si on peut dire. Je m'apprête à lui raconter ma vie. Pour la première fois. Mais elle n'écoute pas. Trop occupée dans sa bulle. Alors, je vais vous conter un peu plus de mon histoire.
« Le 8 novembre 2005 »
A nouveau les lettres s'affichent l'une après l'autre dans ma tête. Les images s'apprêtent à défiler et ma voix de l'époque, encore joyeuse et pleine d'entrain résonne dans ma tête pleine de ces souvenirs.
« Le verdict va sonner. Je suis dans ce bureau accompagnée de ma mère, ainsi que de contre-exemple et de sa mère à lui, le directeur affichant un visage désolé mais aussi heureux que cette décision soit enfin prise. Il nous toise moi et contre- exemple. Nous, on s'efforce de ne pas sourire. Sachant ce qu'il va se passer.
- Drogue, alcool, bagarres répétitives, insolence, dégradation des lieux, etc. Je suis désolé mais nous ne pouvons plus les accepter au sein de notre établissement. Leur dossier devient lourd et dépasse depuis déjà pas mal de temps l'entendement de cette école. Soit. Vous nous avez beaucoup aidé financièrement et c'est d'ailleurs pour cela que nous avons essayé de les garder plus longtemps. Pour leur donner une seconde chance. Qui, d'ailleurs, ne leur a guère servi. Encore navré mes dames. Mais la décision a été prise, la communauté d'enseignants de cette école les refuse à leur cours.
Je me lève, me mordant les lèvres pour ne pas rire. Une fois la porte fermée j'éclate de rire sans savoir m'en empêcher. Mes lèvres sont en sang a force de m'avoir empêcher de rire. Ma mère n'apprécie guère cela. Et d'une force qui m'était alors inconnue m'envoya sa main dans le visage. D'une telle force que j'en tombe par terre. Les élèves étant dans les couloirs nous dévisagent. Je vois contre-exemple bouillonner. Une règle entre nous, personne ne peut toucher l'autre sauf nous. Personne ne peut faire souffrir ou simplement faire du mal à l'autre sauf l'un de nous. Il avance calmement près de ma mère, le visage impassible face à la colère de cette femme. Il lève la main, et lui envoie à son tour une gifle dans le visage. Ma mère perd l'équilibre mais ne tombe pas. C'est maintenant au tour de la mère de contre exemple de vouloir gifler son fils, je lui en empêche et la repousse violement contre le mur. Elle veut me pousser ou même me gifler. Ma main se serre autour de son cou sans vraiment l'étrangler et l'empêche de bouger de ce mur. Ma mère crie sur mon ennemi juré et moi je crie sur la mère de ce même ennemi. Puis, je fini par la lâcher, lorsque la main de contre-exemple se dépose en douceur sur mon épaule.
- Tu n'es qu'une petite garce sans cervelle. Tu ressembles bien à ton père petite pute. Tu ne sers à rien, tu ne m'apportes que des ennuis. J'aurais dû t'abandonner comme ton père l'a fait tant qu'il était encore temps. Tu ne seras jamais rien. Tu n'es rien. Juste une petite bâtarde qui n'a aucune place dans ce monde !
Contre-exemple la regarde, ahuri. Je ne me suis jamais confié à lui. Il sait juste, de ma façon d'être, que ma vie chez moi n'est pas celle dont je rêve. Ceci, était une tirade assez habituelle chez ma mère. Et d'ailleurs la seule à réussir à me mettre dans un sal état. Simplement, car elle critiquait mon père que je ne connais pas. Maintenant, il comprend à quoi ressemble ma vie chez moi. Une vie de bourge soit, mais pas une vie pour autant. Comme à chaque fois que ma mère lâche des choses sur mon père, je ne peux m'empêcher de péter un plomb. Mon point la frappe de toutes mes forces, cette fois-ci elle tombe. Je cours, loin, le plus loin que je peux. Je fini sur le toit de l'école. Je m'approche dangereusement du bord, à bout de souffle. Les larmes qui coulent le long de mes joues me brouillent la vue. Je m'asseois sur le bord me posant une nouvelle fois la question. Sauter, ou ne pas sauter. Je me lève, prise un peu d'élan. Je veux sauter. Mais ses mains m'arrêtent, alors que je m'apprêtais à courir. Je l'observe incrédule. Pourquoi m'empêche-t-il de sauter l'imbécile ? Mais, il m'empêche bel et bien de faire un nouveau pas. Je rage intérieurement. Ça ne le regarde pas ce que je fais de ma vie. Je le pousse violement mais il ne me lâche guère. Alors, je crie de rage, lui envoyant mes points dans les côtes, mon pied dans le tibia, ma tête contre la sienne. Il finit par terre, mais me tenant toujours dans ses bras. Je fini par abandonner, à bout de force, pleurant à chaudes larmes. Il me berce lentement pour me calmer, je ferme les yeux, et tente de dormir. Sa main me caresse les cheveux tendrement, je me calme grâce à lui. »
Les larmes ont envahi mon visage. Maria n'a rien remarqué, entrain de commater sur mon lit. Je ferme les yeux, les miettes de mon souvenir encore là, dans ma tête. Je pense que ce fût la première fois que j'étais proche de lui. Ensuite, j'ai dû rentrer chez moi, mais la tension était bien là. Je ne supportais pas d'être dans cette maison, qui me faisait penser à elle. Alors, comme à chaque fois, j'ai fugué. Je ne savais pas où il habitait et dans un sens, je m'en fichais éperdument. Après tout, ce n'était pas vraiment un ami. Et de toute façon, je n'avais aucun ami.
Plus tard, ma mère m'avait déjà inscrite dans un nouveau lycée. Encore l'un de ces lycées où seuls les riches peuvent entrer sans avoir un tas de test à passer. J'allais intégrer ce lycée, une semaine plus tard. Alors, comme il me l'avait fait promettre, j'ai appelé contre-exemple pour lui donner le nom et l'adresse de l'école. Sa mère, déjà plus aimable que ma mère, le laissait choisir... Alors, peu de temps plus tard nous nous retrouvions ensemble. A recommencer nos conneries, jusqu'à pousser l'autre à ses limites. Je me souviens encore de cette seconde rentrée.
« Le 15 novembre 2005 ;
J'avance dans ce nouveau lycée. Je dois aller chez le directeur. J'avance dans la cour. Encore une école de snob. Je continue d'avancer niant tous ces gens qui m'observent. Je ne suis pas la bienvenue. J'en ai conscience. Un groupe de filles du genre que tout le monde admire m'accostent. Elles se posent devant moi attendant je ne sais trop quoi. Je ne bouge pas et je les toise de ma façon habituelle. L'une me touche, soulève l'une de mes mèches colorées de rouge. J'ai horreur que l'on me touche, je n'ai jamais su pourquoi. Alors, avant qu'elles ne s'y mettent toutes, je repousse sa main en lui accordant un regard noir. Elle crie et fait semblant que je lui aurais fait mal. Un groupe de garçon à présent s'approche, curieux de savoir qui aurait pu abîmer leur belle barbie. Je m'avance déjà saoulée de ces échanges. Les bousculant pour passer. L'un m'attrape par l'épaule et me retourne de force. Il me fusille du regard. Les autres sont amusés, il me demande de m'excuser. Je l'envoie chier mais il insiste en serrant mon poignet, croyant qu'il me fait mal. Sans trop comprendre ce qu'il se passe, le blond qui essayait d'impressionner ses copains se retrouve plié en deux s'étant pris un coup de poing dans le ventre. Contre-exemple est venu à ma rescousse. Voilà, une situation qui ne me plait pas. Je ne suis pas une fille faible ayant besoin d'aide. Le groupe de mecs l'entoure rapidement. Ils l'assènent de coup et le tiennent sans qu'il ne puisse bouger. Les filles, elles, se contentent de japper. Je lève les yeux au ciel. Maintenant, c'est à moi de l'aider. J'en prends un par les cheveux, l'obligeant à se baisser et lui envoie mon genoux sur le nez. Il se laisse tomber par terre. Mon pied atteint le ventre et le visage de plusieurs d'entre eux. Sur les cinq garçons, trois sont déjà à terre. Contre-exemple se libère et tente d'en mettre de la même façon que moi les autres à terre. Je l'y aide et une fois tous au sol, il se passa ce qu'il devait se passer ; je lui fais la moral.
- Mais t'es vraiment un abruti. Je n'avais pas besoin de ton aide ! Et tu le sais bien ! C'est notre premier jour de cours et on se fait déjà remarquer !
- Qu'est ce que ça change ? me demanda-t-il un grand sourire aux lèvres. Il adore me voir m'énerver sur lui.
- Ce que ça change ? T'as vu pour quoi tu me fais passer ? Une fille ayant besoin d'un mec pour l'aider ! Et puis quoi encore ? Tu ne veux pas non plus que je te saute au cou pour te remercier ? « Ho merci, tu es mon héros ! Sans toi je n'aurais jamais su m'en sortir ! » C'est ça que tu veux.
- Ho, hé bien, ça accompagné d'une voix fluette et d'un petit bisou sur la joue, ce serait parfait !
- Raaaaaaaaaah ! TU M'ENERVES !
Malgré moi, je lui ai sauté dessus pour le mettre à terre. Dans son regard, une lueur apparu. La même qui venait dès que l'on se battait. Il adore. Je lui assène des coups dans le ventre tandis que lui, il crie tout en riant pour que j'arrête. Il connaît un de mes points faibles hélas, l'utilisant comme à chaque fois lorsqu'il perdait l'avantage. Il commence à me chatouiller comme un sauvage. Je crie et ris lui demandant d'arrêter. Etonnamment cette fois-ci, il m'a écouté. Je me relève sans le regarder.
- T'es vraiment qu'un idiot, tu le sais ça ? Tu commences vraiment à m'énerver. C'est pas croyable que tu ne comprennes pas ça ! Tu le fais vraiment exprès hein dis ?
Je l'entends rire comme un idiot. Je lève la tête pour regarder ce qui le fait tant rire. Le directeur le tient par le bras et me fusille du regard.
- Génial. Ça commence bien. Bon alors c'est quoi cette fois ? Une punition, un gros chèque de ma mère, une retenue, un renvoi temporaire, ou autre encore ?
Non, ce fut le cachot. Oui, vous avez bien entendu. Le cachot. Une salle peu fréquentée. Pour seulement ceux à problème. La cave, qui servait dans une autre époque à enfermer je ne sais trop quoi. Moi, dans une sorte de cellule et contre-exemple en face. On s'amuse à hurler à la mort. Comme des loups. On rigole bien mais surtout on se dispute. Sans arrêt. Comme toujours. On vient nous ouvrir, après deux heures d'enfermement. Niant complètement la personne nous ayant libéré on continue de se disputer. La personne s'efface aussi vite qu'elle n'était apparue. Je la regarde et lâche de but en blanc que j'en avais rien à faire de lui. Et que d'ailleurs personne n'en avait à faire de lui. Tout le monde s'en foutait de son sort. J'ai touché la corde sensible.
- Non. C'est faux. Tu n'as pas le droit ! D'accord ?! Tu n'as pas le droit.
Je le sais. Mais cette fois-ci. J'ai gagné. Je l'ai poussé à bout. Et je m'en veux, horriblement. Il se met à frapper de coup de point dans le mur. Ses yeux brillent de rage, et de larmes. Je sais bien qu'il a peur d'être seul. Mais qu'il sait aussi bien que moi, qu'il l'est et que je le suis.
- Tu n'as pas le droit ! cri-t-il. Je ne te permets pas. Je ne te permets pas.
Je sais, que je n'ai pas le droit. Je sais qu'il ne le mérite pas. Je sais qu'il est sensible. Je lui touche l'épaule, doucement. Je veux qu'il se calme. Je veux m'excuser.
- Me touche pas bâtarde !
Non. Il n'a pas dit ça. Il n'a pas pu dire ça. Je ferme les yeux. Retire ma main vivement de son épaule. Une boule se forme dans ma gorge, je m'enfuis avant qu'il ne puisse me rattraper. Je l'entends crier mon nom. Je l'entends s'excuser. Finalement, c'est lui qui a gagné aujourd'hui. »
Je me souviens bien aussi de ce jour-là. Il avait finit par me retrouver dans la salle de sport. Entrain de danser sur de la musique classique. Une chose que mon père m'avait donnée comme passion. Ancien danseur classique. Il m'avait abandonné pour sa carrière. Je n'en savais pas plus sur lui, à part qu'il était japonais. Alors, pour garder des choses de lui en moi, à part mes yeux bridés et la couleur de ma peau, j'appris le Japonais en cours du soir et la danse classique. Il avança vers moi tandis que je me défoulais toujours en larmes. Je me disais en moi-même « regarde papa, comme je danse bien. Regarde comme ta fille est belle. Regarde-moi. Ne m'oublie pas. Papa. Papa. PAPA ! » Ensuite je m'étais laissée tomber. Il m'avait prise dans ses bras, il s'excusait encore et encore. Contre-exemple. Mon petit contre-exemple. J'ai longtemps pleuré dans ses bras. Lui, il a toujours eu plus facile. Je n'avais jamais osé de moi-même le toucher, ou le prendre dans mes bras. J'avais bien plus facile à être ingrate avec plutôt que gentille et douce. Lui, pouvait passer de l'un à l'autre sans aucun problème. Maria remue sur mon lit. Elle me tend le joint. Je le prends. Mon souvenir s'efface. Je veux le retrouver mais je n'y arrive pas. Alors, je fais seulement ce que je sais faire. Je fume.
NOTE MOI ICI, je suis la fic numéro 245 [/a