Chapitre IV ;
La mère de Maria nous appelle pour manger. Je n'ai pas faim. Comme déjà longtemps. J'ai perdu la faim. Depuis presque dix-huit mois. La mère de Maria m'y force. Sinon, elle devra le rapporter à ma mère. Mais ma mère s'en fiche. Mais elle pourrait l'utiliser pour m'envoyer à l'internat. Alors je descends. Sur l'immense table de réception, mon repas est présenté. Un tas de viandes, de sauces, de pâtes, pommes de terre, frittes, riz, légumes, salades et autres m'attendent. Le gaspillage est roi dans cette maison. Pour le confort d'une riche, on est près à tout. Maria, elle, doit manger dans la petite buanderie mise à disposition pour la gouvernante et autres personnes travaillant à mon confort. Ça me rend malade. La mère de Maria me surveille, veillant à ce que je mange bien minimum une assiette. Alors, je me force. Mais, comme chaque fois, cela ne passe pas. Je bois de grandes gorgées d'eau pour ne pas vomir. Mais ça remonte quand même. Ces dernier temps, j'ai dû perdre une dizaine de kilos. Je n'ai jamais été ronde. J'étais déjà jolie avant, maintenant je ne suis même plus menue, mais maigrelette. Je ne ressemble pas encore à une anorexique. Mais je m'avance vers tout cela. Alors, je cours, aussi vite que je peux vers les toilettes luxueuses de cette maison et remet tout mon repas. La mère de Maria m'avait prévenu. Elle ne pouvait plus laisser passer ceci. Je fermai les yeux, et entendit déjà au loin ma gouvernante appeler ma mère.
Je monte dans ma chambre. Je vais préparer mes valises, car, dès demain, je me retrouverai à l'internat. Pas grand-chose à prendre. Mon uniforme et les choses pratiques et utiles. Sous-vêtements, brosse à dent, de quoi me laver, etc. Mais le plus important. De quoi fumer. De quoi oublier. De quoi « vivre ».
Je reste enfermée dans ma chambre. Couchée sur mon lit. Je ne pense à rien. J'entends au loin le téléphone sonner. On frappe à ma porte.
- Je suis navrée Madame. Mais votre mère... Vous devez aller en internat. Demain, une voiture vous y conduira. Je suis désolée madame j'étais obligée de le lui dire. C'est mon travail. Madame...
Comme toujours je ne réponds pas. Peu de personne ici connaissent ma voix. En dix huit mois, je n'ai jamais dû prononcer plus de dix phrases complètes. Elle ferme la porte, et s'éloigne sous le « clap clap » régulier de ses souliers. Je respire de grandes bouffées d'air. Et mets à fond dans ma chambre les poulycroc. Un groupe de ska-punk. Ma gouvernante s'en veux je le sais. Mais je m'en contrefiche un peu. D'ailleurs, je me fiche de tout. Et ça, déjà depuis pas mal de temps.
***
**
La voiture est là. Je prends ma valise. Je suis déjà en uniforme. Le chauffeur m'y conduit, il essaye de parler mais je ne réponds pas. Ils savent tous que je ne parle pas, mais ils cherchent tous aussi à me faire parler. Ils ont, comme qui dirait, pitié de moi.
Je sors de la voiture et marche vers l'internat. Le mot y est déjà passé, tout le monde me regarde traverser les couloirs, j'entends les gens chuchoter, rire,... Je rentre dans ma chambre. J'ai une chambre juste pour moi. Ma mère l'a spécifié, sûrement pour que je ne fasse pas d'amie. Je mets mes affaires en place que la porte s'ouvre déjà. On y entre ainsi. Les cours commencent tard aujourd'hui. J'ai deux heures à moi. Deux heures à tuer. Même si je ne pense pas que l'on m'en laissera le plaisir. Les filles me parlent, je ne réponds pas. Je regarde par la fenêtre les garçons jouer au basket. Je m'en fiche aussi du basket. Mon regard se pose sur Bryan. Un garçon qui m'a toujours fait penser à contre-exemple. Il a des airs de ressemblance mais sa façon d'être contredit tout. Celui-ci se sent observé et se retourne. Il m'observe à son tour me sourit et puis se met à rire. Je ne réagis pas. Il retourne à son match. Les filles seraient prêtes à me piétiner. Bryan est populaire. Très populaire. Alors, finalement, je me lève. Les laisse dans ma nouvelle chambre et prenant mon lecteur cd, je vais dans la salle de sport. J'ai besoin de danser.
J'ouvre les portes, j'ai la salle rien que pour moi. Je prépare le cd. Et malgré mon uniforme, j'attends que la musique éclate. Ceci fait, je me mets à tournoyer, danser, sauter et même voler. J'oublie tout, et je me plonge dans mon passé. Mes vacances de Noël... De 2005. Nos parents travaillaient tous. Alors, on les passait ensemble. Pour se foutre de lui, je l'avais mis au défit de lui apprendre la danse classique.
« Le 27 décembre 2005 ;
- Mais non, pas ainsi ! T'es idiot ma parole !
- Ecoute, c'est pas ma faute si je sens mes précieuses serrées dans ce tutu de...
- SI tu prononces le mot que je sais que tu vas prononcer, ça va aller mal !
- Tutu de merde.
Je pousse un cri de guerre, et sors un appareil photo. Lui en tutu rose lui rentrant dans les fesses. Une, deux, trois. Ça devrait être suffisant. Pire que de le frapper, il comprend seulement ce que je fais lorsque le troisième flash apparu. Il crie et me saute dessus sauvagement. Limite entrain d'essayer de me morde. Il est devenu malade. En courant dans cette salle, je ris à c½ur joie. Cela faisait longtemps. Il me rattrape et essaye de prendre l'appareil. Il n'y parvient pas. Je lui assène un coup et me remets à courir. D'un coup, je sens un poids me faire basculer par terre. Assis sur moi, il me fait le supplier pour qu'il me lâche. Il me prend l'appareil et se retire. On reprend l'exercice tous les deux amères.
- Pas de bourré.
- Pas de quoi ?
- De bourré. B-O-U-R-R-E
Il commence alors à marcher pas droit. Ne sachant mettre un pied en face de l'autre. Faisant une drôle de tête et poussant de drôle de grognement. Il imite quelqu'un d'ivre mort.
- Arrête, t'as vraiment l'air con. La danse c'est un art... Tu dois être trop idiot ou inapte pour pouvoir comprendre ceci, dis-je vexée.
Il éclata de rire, me vexant d'avantage, je sortie de la salle en claquant la porte. C'est comme s'il se moquait de moi, comme s'il se moquait de mon père. Il m'énerve. Il accourt à moi, en faisant de grands jetés se retenant de rire. Je me sens encore plus irritée. Je me mets à crier.
- Mais t'es vraiment lourd ! Fous-moi la paix ! Je ne sais pas ce que j'ai fait pour devoir te supporter mais le jour où je t'ai rencontré j'aurai dû prendre mes jambes à mon cou. T'es vraiment con ! Dégage. Me parle plus. Ne viens plus chez moi. Ne m'appelle plus. Oublie-moi ok ?
- Ok, répondit-il. De toute manière, après une semaine, tu me supplieras de revenir.
- J'en doute ! T'es pas cap de toute manière de rester sans moi plus d'une semaine ! C'est toi qui viendras à ramper devant chez moi !
- N'y pense même pas. Y'a pas que toi comme fille sur terre... Et puis, au moins les autres, elle me servent à quelque chose. Elles, elles ferment leur gueule et je ne les entends seulement quand elles jouissent ! Au moins, avec elles j'peux prendre mon pied. Toi à par me prendre la tête, tu fais rien !
Sur ce, il se casse, claquant la porte. Voilà. Vexés chacun. Mais, un nouveau défit est lancé. Voyons, si on pourrait tenir l'un sans l'autre. Une semaine minimum. Ce n'est pas long. Et il ne m'est pas indispensable. »
Cela me fait sourire. Je me souviens, on avait tenu deux semaines. J'étais vexée qu'il ne soit pas venu au bout d'une semaine. Après deux semaines, je me posais un tas de questions. Alors, un jour. Je suis revenue, à sa porte. Et j'ai déposé son tutu qu'il avait jeté dans la poubelle du vestiaire. J'y ai accroché un mot qui disait l'heure à laquelle je serai entrain de m'entraîner à danser. J'avais pris sur ma fierté. J'avais perdu le défi. Et lui, tout content, l'avait gagné. Mais lorsqu'il était revenu à mon entraînement, j'étais vraiment vexée. Alors, il s'appliqua et paraissait vraiment aimer danser... Il a finit par m'expliquer que ce n'était pas danser qu'il aimait, mais danser avec moi. Dit ainsi, on aurait pu croire que l'on s'aimait. Mais cela restait que pure amitié. Une amitié parfaite remplie de défauts. Voilà, on s'était réconcilié. On pouvait reprendre comme avant. Et se lancer de nouveaux défis.
Alors que je ne me suis pas arrêté de danser depuis tout à l'heure, la musique se radoucit. Je m'arrête en même temps qu'elle. J'entends applaudir. Je me retourne vivement, comme prise en flagrant délit. Bryan me sourit s'approchant de moi. Je suis en sueur et toute rouge. Mais il ne parait pas dégoûté. Il m'observe dans mon uniforme chiffonné par la danse. Son sourire s'agrandit. Je ne comprends pas. Je n'émets pas un son. Il approche sa main vers ma tête, j'ai un mouvement de recul mais finalement je le laisse faire. Il retire une mèche de cheveux qui barrait mon visage. Il me tend alors une serviette pour m'essuyer. Une fois essuyée, je tourne les talons pour changer ne serait-ce que de chemise. Bryan me suit. Je cherche dans le vestiaire, dans les affaires trouvées si une chemise n'y serait pas. J'en trouve une. Sans faire la pudique ou la gênée. Je commence à me changer. Je sens son regard posé sur mon dos. Ma veste tombe par terre. Je commence à déboutonner ma chemise mais je n'y parviens pas. Tous ces souvenirs m'ont chamboulée. Mes mains tremblent je m'énerve.
- Laisse-moi t'aider, dit-il gentiment.
Je ne répond pas, et ne me retourne pas pour autant. La porte du vestiaire se ferme. Je réussis enfin à ouvrir mon chemisier. Je change donc de chemise. Je suis en soutien-gorge. Je m'apprête à reboutonner ma chemise lorsque Bryan passe devant moi. Il me prend les mains et s'assoies face à moi sur le banc. Il me sourit, je me laisse attendrir. Je ne suis pas naïve, mais je n'ai pas le courage de le repousser ou quoi que soit d'autre. Il me fait m'asseoir sur ses genoux. Ses yeux restent fixé sur ma poitrine. D'une main timide, je me cache. Il m'en empêche en reprenant mes mains dans les siennes. Il tourne mon visage et plonge son regard dans le mien. IL m'attire vers lui. Ses lèvres effleurent les miennes. Non. Je ne veux pas. Je ne peux pas. Je... Je... Je me lève brusquement. Il se lève à son tour à son aise. S'excuse sans vraiment y croire. Je me rhabille. Une fois fait, je ne sais pas quoi faire. Rentrer dans ma chambre où toutes ces filles vont m'énerver encore une fois ? Ou, fumer une clope, seule ? Traîner, je ne sais pas trop où ? Ou même rester avec Bryan ? Je ne sais pas. Ne bougeant pas, Bryan interprète cela comme une envie qu'il retente sa chance. Comme si j'avais juste eu peur un peu plus tôt. Alors, de sa main douce, il approche mon visage du sien. Je n'ai pas le courage de le fuir une nouvelle fois. Et puis, son regard était tellement proche de celui de contre-exemple à cet instant que j'avais autant envie que lui, de l'embrasser. Ses lèvres effleurent les miennes doucement, puis il m'embrasse vraiment. Sa bouche est rêche et sèche. Sa langue barre la barrière de nos lèvres et cherche à jouer avec la mienne. Ses mains glissent le long de mon dos. Puis, passent sur mon ventre, entreprennent de défaire les boutons de ma chemise. Mon coeur s'accélère. Je n'ai pas envie que ça aille trop loin. Alors, je ralentis le jeu qui se fait entre nous. Il ralentit à son tour mais ne perd pas l'idée de me déshabiller. Alors, doucement, mon chemisier tombe par terre. Mon pouls s'accélère d'avantage. Mes mains tremblent. Ses lèvres m'en demandent plus. Il glisse ses mains sur ma poitrine encore cachée par mon soutien-gorge. Il s'apprête à le dégraffer lorsque la sonnerie de l'internat raisonne. Dans dix minutes les cours vont commencer. On doit intégrer la cour. Il jure et s'énerve. M'embrasse une dernière fois et m'ordonne de me rhabiller. Tout en gardant ses yeux sur ma poitrine. Je remercie en moi-même cette sonnerie. Je sens qu'il ne laissera pas tomber de si tôt. Je dois alors choisir. Et en marchant, mon sac à dos sur moi, je réfléchis si je veux ou non faire race du passé, tourner la page et le laisser faire ce dont il a envie. Il est temps, je pense, d'oublier ce passé. Bryan me questionne du regard. Je ne réponds pas pour autant. Il me prend la main. Oui. Il est plus que temps. Je ne le repousse pas. Je l'utilise. Il m'aidera à oublier ce passé qui me hante. Peut-être serai-je heureuse avec lui. Peut-être recommencerai-je à vivre... Peut-être.
Ou peut-être pas.
NOTE MOI ICI, je suis la fic numéro 245 [/a