Chapitre VII ;
Durant plusieurs jours, il venait chaque soir. Il m'emmenait au restaurant pour être sur que je me nourrisse. Je passais mes journées à danser, et à ne pas manger. Raphaël était toujours là près de moi, à chaque fois que je tombais de fatigue, il était déjà là pour me rattraper. Je l'aurai bien remercié, dit que je l'aimais si je n'aurai pas été dans cet état. Vivant que pour une personne. Pour mon père. Je dansais et refusais de me nourrir pour lui plaire, pour avancer vers sa perfection. Je sortais de mon mutisme pour lui parler et pour manger à ses côtés. Du moins, manger ce que j'arrivais à avaler.
Dans un sens, je refusais d'aller mieux, pour qu'il ait une excuse pour revenir, de peur qu'il abandonne une fois que j'aille mieux.
Je faisais terriblement souffrir Raphaël, c'était comme si j'avais une double vie. Je l'ai entendu pleurer à plusieurs reprises ces dernières nuits, mais je ne disais rien. Chaque jour, les cernes qui noircissaient ses si beaux yeux bleus s'agrandissaient, déformant son doux visage par la fatigue. Je faisais comme si je ne voyais rien, j'étais horriblement égoïste. Mais j'avais besoin de mon père, et malgré tout ce que j'eut cru, j'étais capable de faire souffrir mon seul amour pour une chose dont j'avais été privé toute ma vie. En retrouvant mon père, je découvrais une base de normalité que je n'avais jamais connue. Moi qui mettais ma différence en valeur étais prête à tout pour un peu de normalité. Je ne suis qu'une adolescente qui a besoin d'un père après tout, ne m'en voulez pas de trop pour cet égoïsme. De toute manière, j'en ai payé. Aujourd'hui, il ne me reste plus personne. Comprenez bien... Depuis déjà quelque temps je vous parle au passé. Hé, cela faisait longtemps maintenant, que l'on avait plus éteint la lumière pour regarder sur ce grand écran blanc, le reflet de ma vie d'avant. Cela me rend nostalgique. Après tout, maintenant, je ne ressemble plus à grand-chose.
« Quelques jours précédemment,
Il vient ce soir encore. Comme chaque soir. Mais je sais, je sais bien que lorsque je serai rétablie, il partira et ne reviendra plus. Je m'améliore en danse mais ce n'est jamais assez. Il faut toujours plus, toujours mieux. Je ne suis pas encore satisfaisante, pas encore assez doué pour le lui avouer. Je ne suis pas encore assez mince pour la danse, pas encore assez belle pour l'image de la beauté de cet art, pas encore assez douce pour la grâce... Pas encore.
Raphaël est rentré tard ce matin. Il a encore passé la nuit dehors. Alors que moi j'ai dansé. Il m'a regardé tristement, les yeux voilés par l'alcool et par la drogue, et est partie s'allonger dans notre chambre. Voilà plusieurs jours que nous n'avons plus échangé mot, ni véritable regard.
Les heures passent. Lui il dort, ou du moins essaye et moi je danse, pour ne rien changer.
Je guète les trois coup donné à la porte qui annonçais chaque soir sa venue. Lorsque ceux-ci retentit, je vais le plus vite qui m'est possible ouvrir la porte. Il me sourit et me toise du regard, me passant comme un scanner intégral. Tout mon corps y passe, visage, jambes, bras, épaules, ventre,... A chaque os bien trop saillant, une légère grimace déforme son visage. Il finit par me tendre le bras, près à partir.
Je monte dans sa limousine personnelle. Comme à son habitude, il me tend une longue robe dans les tons rouge assez classe.
- J'ai pris la plus petite taille que j'ai trouvée. Elle me semble encore grande mais j'espère que cela ne durera pas, finit-il dans un soupir.
La limousine s'arrête devant un grand restaurant cinq étoiles. Le chauffeur personnel de Maître Kana vient nous ouvrir la porte. Mon père me tend une main, tel un gentleman, et m'offre son bras jusqu'à notre table réservé bien entendu. Un pichet de vin nous attend déjà.
Il tire ma chaise sans même la faire racler contre le sol, attend que je m'asseye avant de contourner la table pour à son tour s'asseoir. Comme chaque soir, il me parle de tout et de rien. Vérifiant toujours du coin de l'½il si mon assiette se vide.
La soirée passe, je mange peu, je joue avec la nourriture, je subterfuge faisant croire que j'avale alors que chaque bouchée prise est de suite recrachée dans une serviette alors que je m'essuie délicatement la bouche. Il sourit, content de voir que mon assiette se vide. Mais chaque odeur est accueil par une agréable révulsion. Soit « agréable » et « révulsion » n'est guère des mots que l'on associe souvent. Pourtant, cet assemblement dégage exactement ce que je ressens. Cette nausée montant à chaque odeur trop puissante, à chaque regard posé sur la nourriture ou à chaque goût des aliments que j'ingurgite me donne pleinement de la satisfaction, m'avançant vers le chemin que je cherche. Légèreté, grâce et enfin beauté qui m'aidera alors à vivre de mon rêve, la danse.
Lorsqu'il trouva que mon assiette fut suffisamment entamée, il décide alors de nous congédier. Appelant la limousine, nous repartons vers chez moi. Comme souvent, nous discutons dans la voiture, alors que le repas lui est pratiquement silencieux. On parle avec légèreté, de tout et de rien, on rigole souvent, c'est dans ces moments là que je le trouve particulièrement adorable. Lorsque ses yeux brillent, et que l'on retrouve la passion dont il est fait. J'oublie l'être blasé et fatigué qu'il est, j'oublie les cerne sous ses yeux et ses cheveux gris apparaissant trop tôt pour quelqu'un de son âge. Je lui souris tendrement, c'est mon père mais ça il ne le sait pas. Ce n'est pas ce qu'il veut. En venant me voir chaque soir, je vois bien cette lueur d'envie monter d'avantage en lui. Je ne peux m'empêcher de me dire que si c'est ce qu'il veut, je serai prête à lui donner. J'étais prête à tout pour garder mon père auprès de moi. Celui-ci me caresse la joue, je lui souris de façon à ce qu'il continue. Je m'avance vers lui et dépose mes lèvres contre les siennes. Il parait satisfait, c'était ce dont il a envie alors c'est aussi simple que ça, je le lui donne.
Je ne pense pas une seconde à Raphaël, au fait qu'il noie son désarroi sous l'alcool et la drogue comme lorsque nous étions ensemble en France. Je ne pense d'ailleurs à rien. Je me sens sale et écoeurante, mais je ne peut m'empêcher de continuer, de me détruire un peu plus pour être sur qu'il ne part pas, qu'il reste près de moi comme devrait le faire tout père normal.
Notre baiser n'en finit pas devenant farouche, ses mains commencent alors à parcourir mon corps. Nous montons jusqu'à mon appartement, persuadé que Raphaël ne serrait pas là.
Alors que j'ouvre la porte en grand fracas, tentant quand même de calmer les ardeurs de mon père la voix de Raphaël me glaça. Aussi froide que de la pierre, ses yeux ne trahissent pas une seule seconde la douleur qu'il subit à l'instant, ne montrant que colère et dégoût.
Il avance vers moi, je le connais, je sais bien ce qu'il va sa passer. Il me giflera, m'insultera, provoquera mon père, le frappera peut-être et ensuite partira en courant et ne rentrera que deux jours plus tard.
Je l'observe et attend que cela se passe, les mains tremblantes. Je suis confiné dans mon esprit, comme ne cage, une cage que j'ai forger moi-même. Une cage à l'image que je dois être pour mon père, ou plutôt que je pense devoir être pour mon père. Celui-ci ne dit mot, embêté par la situation. Raphaël ne crise pas, nous lance juste ses regards froids pour finir par plongé son regard dans celui de mon père et tout lui dévoilé.
Il en a plus qu'assez de subir. Il l'accuse de toute mes fautes, toutes mes erreurs, toutes mes conneries. Il ferme les yeux une seconde, lui disant que cela devait être plaisant de ploter sa propre fille. Une fille qui se rend anorexique et se tue à danser pour être l'image qu'il attend. Une fille qui est prête à tout pour garder un être égoïste, scrupuleux et nombriliste auprès d'elle. Il dit que je me sacrifie pour la normalité, que je me sacrifie pour un être qui m'est cher qu'autant inconnu.
Hélas, il a raison. Mais je ne veux pas l'admettre. Cette partie prête à tout pour garder mon père était prête aussi à renié le seul être qui avait toujours été là pour moi. Une dispute finit par éclaté, tandis que mon père reçoit nos paroles en pleine gueule. Chacun disons ce que l'on pense et la vérité éclate. Mr Kana est mon père. Je délaisse Raphaël. J'ai préféré mon père à lui. Je suis anorexique.
Je comprends alors que tout est de ma faute, j'ai exagéré les choses par ma peur de le décevoir...
Raphaël prend ses affaires et claque la porte, refusant de montrer face à nous deux ses larmes. Il sort dans la nuit noir, suivit de près par mon père, blanc comme un linge et tremblant. Avec cette phrase « Cela vous plait de ploter votre fille ? » résonant dans sa tête.
Le poteau rose avait été découvert, au mauvais moment, d'une mauvaise manière. »
Raphaël n'est pas rentré, j'ai arrêté de danser à chaque instant, j'ai arrêter de danser simplement, je n'ai pas recouvré ma faim, mon père ne m'a pas donné de nouvelle. J'ai tout perdue. Que suis-je conne.
Un sac dos, la peau ternit, pâle, les cheveux secs, abîmés, obscurcis, les vêtements sales et trop large. Je ne suis plus qu'un légume observant à longueur de journée mon portable. A certain moment, j'ai l'impression qu'il se met à sonner, et que le nom de Raphaël apparaît à l'écran mais lorsque je décroche, je ne suis qu'accueilli par une femme me demandant de composer le numéro d'appel. Je passe mes journées à pleurer et mes nuits d'insomnie à vomir. Mes os deviennent horriblement saillant, la force me manque, m'empêchant même de me redresser de mon lit, n'aillant même pas la force d'aller jusqu'au toilette pour vomir, vomissant à même le sol. N'ayant pas la force pour ouvrir une fenêtre, laissant alors s'installer l'odeur nauséabonde de la putréfaction dans mon appartement. Depuis déjà combien de temps tout cela a tourner d'une telle manière ? Depuis combien de temps me détruis-je pour un homme incapable de réagir lorsqu'il apprend qu'il a une fille ? J'ai alors tout gâcher, abandonner le bonheur que j'avais recouvré pour un cadeau d'anniversaire trop parfait. Je m'abandonne à mon dernier sanglot, laissant celui-ci emporter avec les larmes mes dernières forces ainsi que mon dernier souffle. Me logeant dans les bras de Morphée sans doute pour toujours, me laissant partir dans un coma profond causé par la carence que subit mon corps ou peut-être mon esprit.